SOPHIE DE BOISSIEU

BARONNE DÉCHUE, PRINCESSE DU BÉLOUCHISTAN, FAISEUSE D'HISTOIRES
 

Je dessine depuis toujours.

Je vais chercher mes idées dans les livres anciens, les musées, les voyages, les histoires de famille et tout ce qui nourrit mon imaginaire.

Puis je mélange les époques, les dessins et les couleurs. Je déplace, je transforme, je réinterprète.

Un motif du XVIIIe siècle peut ainsi retrouver sur une table d’aujourd’hui.

C’est exactement ce qui m’amuse.

LES HISTOIRES, UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Je suis l’arrière-petite-fille du capitaine au long cours Louis-Barthélémy Morin, amiral d’un pays sans accès à la mer, qui fut nommé, après maintes aventures et mésaventures, Prince Royal de Birmanie et Prince du Bélouchistan.

Autant dire que j’étais assez bien partie pour aimer les histoires improbables.

Mon père, Jacques Morin, a consacré un livre à cette histoire familiale et à trois siècles d’aventures maritimes : Charpentiers de marine au pays de Saint-Malo – Chroniques des Morin : trois siècles de fortune de mer.

Entre les voyages, les archives, les récits transmis et quelques personnages hauts en couleur, j’ai grandi avec l’idée que le passé n’était pas quelque chose de poussiéreux.

C’était une formidable réserve d’histoires.

J'AI TOUJOURS DESSINÉ

J’ai suivi une formation de dessin et d’Arts graphiques à l’ESAG Penninghen à Paris.

Mais j’ai probablement autant appris dans les musées et les bibliothèques que sur les bancs de l’école.

À l’époque, on se déplaçait pour consulter les livres anciens. On allait à la bibliothèque Forney, au Louvre, au musée des Arts décoratifs. Internet n’existait pas encore pour mettre le monde entier au bout d’un écran.

J’y ai découvert un immense répertoire de formes, d’ornements, de personnages et d’histoires qui continue aujourd’hui à nourrir mon travail.

Regarder. Dessiner. Comprendre. Puis réinventer.

Gravure originale de Pillement

Dessin à la plume

Mise en couleur

Détail de la toile "Chinoiserie"

LE PATRIMOINE...ANCIEN MAIS VIVANT

Je me suis passionnée pour l’histoire des toiles imprimées à Beautiran à la fin du XVIIIe siècle.

Beautiran est un village à une trentaine de minutes de chez moi. Ici, toutes les maisons ont ou ont eu des toiles de beautiran.

J’ai étudié leur manière de construire les décors, retrouvé leurs sources, observé leurs personnages et leurs ornements. Puis je les ai redessinés pour les adapter aux techniques d’impression contemporaines.

Cette recherche a également donné naissance à un ouvrage consacré aux Toiles de Beautiran.

C’est devenu une manière de travailler qui ne m’a jamais quittée : je ne cherche pas à reproduire le passé. Je préfère le faire voyager jusqu’à nous.

C’est ainsi que des dessins inspirés du XVIIIe siècle, de Bérain, de Redouté ou des chinoiseries peuvent aujourd’hui vivre sur une table, au milieu des enfants, des amis, des assiettes… et parfois d’un verre de vin renversé.

DU DESSIN AUX ARTS DE LA TABLE

Au fil des années, mes dessins ont pris des chemins très différents.

J’ai notamment travaillé pendant de nombreuses années pour Beauvillé, créé des collections pour les arts de la table et collaboré à différents projets d’édition et de décoration.

Mon travail m’a également menée au Japon, notamment à Osaka, où je retrouve régulièrement un public passionné par le dessin et le savoir-faire français.

En 2012, j’ai été nommée Chevalier de la Légion d’honneur.

Et pourtant, ce que je préfère toujours reste le commencement : une feuille blanche et une idée.

L'ÉQUIPE AU COMPLET

Méfiante, Séraphine joue facilement aux pimbêches. Elle préfère se draper dans sa dignité que d'obéir.

Gros nounours, Robespierre reste accroché à mes basques et chasse les papillons.

Beaucoup trop laxiste, je m’aperçois régulièrement que je fais tout en me faisant marcher sur les pieds.

Petite, farouche, Jacobine est là plus autoritaire de nous tous. Elle chasse tous les vilains.

Je travaille entourée d’une équipe extrêmement compétente : Séraphine, Robespierre, Jacobine  et moi.

Ils maîtrisent assez mal l'informatique et ne répondent jamais aux mails, mais ils sont très présents dans l’atelier.

JE NE SAIS PAS TRÈS BIEN RESTER DANS LES CASES

Je peins, je dessine les chiens et les chats que je rencontre, je remplis des carnets de voyage, je fais des cyanotypes, je modèle, j'expose, je fais des installations, j’expérimente, je collectionne les idées et il m’arrive même de m’intéresser très sérieusement aux nains de jardin.

Cela peut sembler disparate. Pour moi, ça ne l’est pas du tout.

Tout appartient au même monde : celui des histoires, des images et des objets que l’on aime garder autour de soi

LA VIE SE PASSE AUTOUR DE LA TABLE

J’aime les tables pour ce qu’elles sont au milieu de la vraie vie.

On y déjeune, on y travaille, les enfants y dessinent, on y reçoit des amis. On y refait le monde. On y renverse aussi parfois un verre de vin ...Mais ce n’est pas très grave: ce sont des toiles cirées.

Mes dessins sont faits pour cette vie-là : pour être regardés, mais surtout pour être vécus.

C’est sans doute pour cela qu’un jour ils se sont retrouvés sur les tables.